Le rappeur qui a la parole dispose d’une minute – parfois jusqu’à trente secondes de plus, en fonction du bon vouloir du juge – pour couvrir son adversaire d’injures tournées de manière à provoquer l’hilarité du public. Il s’agit d’un certain nombre d’hommes reconnus comme des spécialistes de la pratique du freestyle, le plus souvent parce qu’ils s’y adonnent eux-mêmes. On a beau attendre Disiz pendant 25 titres – Dieu, 25 titres, pourquoi ?! ( La soeur d'Eliott) Voir plus de contenu de EFF GEE sur Facebook Un « vrai mec » doit contrôler les femmes, les consommer sexuellement de manière brutale. L’imaginaire des films pornographiques hardcore est tout particulièrement utilisé pour mettre en scène des pratiques sexuelles perçues comme humiliantes : « J’urine sur ta meuf, avec neuf reufs on la fuck dans une teuf et j’fous ça sur un dvd d’cul » (Alpha Wann, 9 : 54), « J’éjacule sur tes sourcils » (Gaïden, 2 : 21), « J’parle pas sur sa maman donc j’dirai pas qu’j’la baise / ni que quand j’la nique j’lui écrase la tête » (Nekfeu, 5 : 57). Mais ce soir-là, Eff Gee, bonnet sur la tête, a les yeux dans le vide. En l’absence de trouvailles véritablement inattendues inspirées par l’adversaire et son image, il est toujours peu risqué de se fier aux plaisanteries sexuelles homophobes et misogynes. A ce que j'ai compris il était cinq : Alpha Wann , Fonky flay ,Deen burbigo ,Eff Gee . Après un bref passage raté dans le rock, l’EP Lucide m’avait fait bonne impression dans un rap français qui manque encore de piment. J’y arrive malgré moi, heureusement car cela m’a permis de découvrir « Fukhusima », seul morceau qui en vaille vraiment la peine. Mais si les insultes envers les proches féminines de l’adversaire sont fréquentes, l’observation précise des battles nous enseigne qu’elles ne sont pas le seul, ni même le principal motif de mobilisation d’une imagerie pornographique et scatologique. Alpha Wann par exemple, en difficulté contre Lunik, lance au public en mimant une fellation : « Devine c’qu’y s’met dans l’œsophage » (2 : 18). Le traitement ludique des mots, et en particulier des mots interdits, trouve son origine dans cette éthique du langage. Ou du moins c’est un peu…, En 1997, Shurik’n et Akhenaton dressent le portrait du quotidien redondant de jeunes de cité. Il faut impérativement que chaque mesure rythmique s’achève sur une rime : manquer une seule de ces rimes est considéré comme un signe de faiblesse. Ce travail requiert une part d’observation et peut amener à l’invention de répliques originales qui témoignent d’une forme de virtuosité verbale ; bien souvent, cependant, les rappeurs se contentent de se reposer sur ce que nous pourrions nommer des « valeurs sûres », dans les deux sens du mot « valeur ». Le plus souvent, ces injures ne sont que des variations sur la virilité du locuteur et l’absence de virilité de son adversaire. Dans tous ces cas, le féminin est mis sous tutelle et sous silence : comme l’écrit Pinn (1997, 66) : 30Témoigner une attention positive aux femmes entraîne la perte de l’identité masculine. Eff a beaucoup de choses à dire et montre un phrasé vraiment intéressant, ponctué de multiples sonorités qui respire le bon hip-hop. Negro Narrative Folklore from the Streets of Philadelphia, Chicago, Aldine Publishing Company. Je décida de m'approcher d'eux pour leur demander du feu. Cette configuration explique en grande partie le contenu ordurier des couplets proférés par les rappeurs. Au travers de sa maîtrise des mots, le clasheur se doit de transformer l’image que le public se fait de son adversaire. Ces hommes s’en prennent émotionnellement ou physiquement aux homosexuels (…) pour développer une image machiste d’eux-mêmes dont ils puissent se sentir fiers6. Beaucoup de rappeurs de L’Entourage viennent également apporter leurs soutien : Deen Burbigo, Nekfeu, Alpha Wann ou encore Jazzy Bazz. Nous sommes ici au cœur de la génération virtuelle, qui s’est familiarisée avec le hip-hop et ses codes sur Internet et à la télévision. Pour le dire comme Bourdieu (1992, 279), « la lutte pour le monopole de la légitimité contribue au renforcement de la légitimité au nom de laquelle elle est menée ». Les rappeurs utilisent un imaginaire homophobe pour s’en prendre à leur adversaire, mais n’évoquent guère l’homosexualité comme un thème. Puis, afin d’achever cette entreprise de féminisation – donc de dénigrement – Lunik ajoute, mettant en tension ces images conçues comme mutuellement exclusives par la pensée essentialiste que sont la « négritude » et l’homosexualité : « C’est l’genre de Noir qui porte des couches et boit des coups dans l’marais : c’est un putain d’pédéraste » (5 : 24). Il n’existe pas de scène proprement dite dans cette salle, mais les spectateurs forment un cypher dans la salle, c’est-à-dire qu’ils entourent les participants en leur laissant un espace similaire à une petite scène. Cet effet de mise en circuit de la transgression verbale amène à une sorte d’hyper-visibilité paradoxale des interdits. Le couplet de rap se présente comme provenant des tréfonds de la rue, des tréfonds du réel : le MC « baves du béton, crache du béton, chie du béton », disait Akhenaton dans la chanson du groupe I AM « Demain c’est loin ». Rap Music and Black Culture in Contemporary America, Hanover and London, Wesleyan University Press. ”. Le rapport homosexuel est dévalorisé, mais envahit les discours de façon troublante. Les « mots sales » sont portés comme les étendards de ce rapport particulier au monde social. Pour être le meilleur rappeur possible, il convient de savoir employer les termes argotiques les plus récents, comme si l’on était branché en permanence sur l’énergie de la rue. Il multiplie les injures homophobes (2 : 04, 2 : 15, 2 : 34) et reprend à son compte les poncifs machistes du gros pénis (2 : 37) et de la puissance sexuelle hyperbolique : « Tu ken moins d’bitch que moi » (3 : 01). Cette construction par les acteurs du mouvement hip-hop de l’histoire de ce dernier ne correspond qu’en partie à sa véritable genèse, mais n’en est pas moins extrêmement prégnante dans leurs discours. J’ai cependant perçu le soin apporté à la musicalité de ce projet : on sent que l’interlude Peter Punk a renforcé les connaissances et compétences sonores d’un artiste qui y était déjà sensible. La transgression en tant que telle a été revendiquée au sein du hip-hop : le logo Parental Advisory: Explicit Lyrics « Avertissement parental : paroles explicites » imposé en 1985 par la Recording Industry Association of America a par exemple été détourné dans de très nombreux produits dérivés prisés par les passionnés de rap, comme des tee-shirts ou des affiches. Le rappeur qui a la parole ne cesse d’affirmer qu’il est un homme à la virilité éclatante et agressive, et que son adversaire endosse un rôle féminin. 15Guerre des images, le battle l’est de manière très concrète et aisément observable. Tous les participants sans exception adoptent une posture discursive qui met en avant leur propre virilité. Nekfeu : Prométhée et le don du ‘Feu’ ... deen burbigo eff gee l'entourage. Sa seule spécificité a été de transformer ces éléments d’insulte et de moquerie en formules extrêmement codifiées, et dont l’usage est si fréquent qu’il ne surprend en rien l’auditeur averti. L’apparition en 2010 de la première ligue de battle française, basée à Paris et dénommée Rap Contenders, en fournit un exemple frappant. Par exemple, parmi les douze participants du premier tournoi Rap Contenders, quatre appartiennent au crew nommé « L’Entourage » (Alpha Wann, Deen Burbigo, Eff Gee et Nekfeu), alors qu’ils viennent de quartiers différents – le quatorzième arrondissement de Paris pour Alpha Wann, Aubervilliers (93) pour Deen Burbigo, le dix-neuvième arrondissement pour Eff Gee et le quinzième pour Nekfeu. Par exemple dans Boom Bye Bye, le chanteur jamaïcain Buju Banton appelle à assassiner les homosexuels : Me say boom bye bye Inna batty bwoy head « Je dis bang bang bye dans la tête d’un sale pédé ». Le bon anniv' ! Dyson, Michael Eric, 2004, The Culture of Hip-Hop, in Michael Eric Dyson Reader, New York, Basic Civitas Books, pp. Par contre, il faut avouer que l’ensemble est aussi bien produit que formaté. Mais il s’agit généralement d’épisodes à part entière, qui thématisent au moins en partie ces questions. L’un d’entre eux tire à pile ou face pour décider lequel des deux concurrents aura le droit de choisir s’il exécutera son couplet en premier ; puis il donne le coup d’envoi du combat, vérifiant sur un chronomètre la durée de chaque tour de parole. 16L’usage des termes et images relevant d’imaginaires pornographiques et scatologiques porte ainsi des coups symboliques à l’image de l’autre, tout en démontrant en retour la maîtrise du locuteur. Mais ma piste préféré est « Léa », un storytelling incroyable sur les filles en 2012 que A2H a parfaitement cerné. Ces locuteurs se présentent de manière obsessionnelle comme des hétérosexuels, c’est-à-dire comme des hommes aimant les femmes, mais effacent littéralement les femmes du rituel poétique. Cette intuition généalogique est confirmée par les linguistes et sociolinguistes spécialisés dans le parler des ghettos noirs américains comme Abrahams (1970, 75). Sur tous ces cas, seuls quatorze renvoyaient à un rapport hétérosexuel, tandis que les quarante-deux autres avaient pour objet un rapport homosexuel entre hommes. Cette idéologie se nie en effet en tant qu’idéologie, c’est-à-dire en tant que système de valeurs assumé par les locuteurs, pour devenir une sorte de toile de fond rendue visible par ses manifestations indirectes. Sur cet Extra Lucide flotte rapidement un sentiment d’inabouti, d’inégal où les refrains par exemple desservent bien trop souvent les couplets; certains pourtant mériteraient meilleure exposition, notamment « Je Les Garde », « Les Bienveillants », et surtout « Life is Good ». Il s’agit de faire voir son adversaire sous un autre jour, de mettre en miettes tous les éventuels éléments positifs attachés à sa personne et à sa persona. Cette flexibilité augmente le rôle des arbitres, chargés de déclarer la fin du tour de parole en effectuant un geste vertical du bras. L’événement poétique joue un rôle important dans la mesure où il est le lieu d’élection d’acteurs culturels singuliers, chargés par le groupe de faire advenir les codes du hip-hop de manière nouvelle et particulièrement frappante. Les enregistrements vidéo des battles sont d’ailleurs mis en ligne et abondamment commentés par les passionnés en quête d’un nouveau poulain. Cette thématique haineuse n’est pas exceptionnelle et plusieurs centaines de chansons appartenant à ce genre, y compris de véritables tubes radiophoniques, comportent un thème similaire. 31Dans notre corpus de battles, les évocations de femmes ne sont jamais mélioratives. Cet exemple démontre combien l’homophobie, la misogynie, et en particulier leur surgissement au travers d’images transgressives et pornographiques, ont un statut ambigu – entre valeurs et éléments de codification poétique. C’est peu ou prou en ces termes que Kantor (2009, 145) s’explique la persistance de discours homophobes agressifs du type de ceux que présente notre corpus urbain : 24Certains hommes homophobes n’ont jamais réussi à dépasser leur lutte adolescente pour développer et maintenir une identité masculine, même si l’idéal masculin sur lequel se fondait cette identité était simpliste. Le battle, un tournoi opposant deux rappeurs qui se lancent au visage des couplets improvisés bardés d’insultes et de moqueries, est toujours relativement rare en France. Dans ce cadre, l’outrance langagière perd en grande partie sa portée transgressive directe pour devenir un protocole ludique et identitaire. Cet élément d’ordre rituel pourrait paraître sans rapport avec les valeurs associées à la sexualité que nous venons d’évoquer, mais il n’en est rien. Adlan Mansri, photographe d’une jeunesse libérée, Hologram Lo’ : « C’est le beatmaker qui fait évoluer la musique », Gardez un oeil sur Ash Kidd, le crooner 2.0, Marie Debray : ‘Booba est un grand romantique’, Des punchlines de rap français à sortir au bac de philo, Rap Contenders : récit d’une aventure « genre historique », Damso : ‘Je suis passé de l’enfer au paradis fiscal’, Les dix morceaux de rap qui parlent le mieux de graffiti, Tristesse : Prodigy (Mobb Deep) s’est éteint à 42 ans. Il se montre au grand jour, se met à nu devant son public : un disque touchant et puissant, duquel on ne peut rester insensible. Si nous observons notre corpus, les injures homophobes ne manquent pas : les usages constants des mots « pédé » (Deen Burbigo, 3 : 20 ; Blackapar, 4 : 29 ; Lunik, 4 : 58 et 11 : 45), « pédale » (Deen Burbigo, 3 : 42), « pédéraste » (Lunik, 5 : 24), « tapette » (Gaïden, 5 : 56) ou encore « suceur de bites » (Nekfeu, 4 : 08) ne laissent guère de doute quant aux valeurs endossées par les rappeurs. 26Nous sommes en présence d’un rituel poétique ludique qui mobilise un certain nombre de symboles et de valeurs pour permettre à ses participants de jouer ensemble à un même jeu. Bien des rappeurs par ailleurs, lors d’entretiens, jurent ne pas être réellement homophobes ou misogynes, mais utiliser ces images parce qu’elles font partie des codes du genre. Deux arbitres sont chargés de superviser le déroulement des battles. Dans l’imaginaire de la virilité qui est valorisé par ces rappeurs, le fait de recourir à cette attaque est à l’évidence un moyen de disqualifier son concurrent. Par quoi commencer ? Le rapport sexuel redouble le combat verbal pour mettre en scène des rapports de force brutaux symboliquement situés sur le terrain du « quartier », dont les membres du public et le jury sont les dépositaires. Le hip-hop voit dans le parler de la rue le garant de sa propre authenticité, puisant dans ses ressources pour se renouveler en permanence. A Conversation between Juba Kalamka and Tim’m West, in Chang, Jeff (ed. Dans sa chanson de 2006 intitulée « Le Duc de Boulogne », Booba dit par exemple que son rap « est pour les enfants terribles qui ne font aucun effort / Au parcours comme une queue d’négro, long et pénible ». Julie BeeGees Greatest Hits Full Album 2020 - Best Songs Of BeeGees Playlist https://youtu.be/7deNimrITQw Il reste encore une dizaine de tracks pour boucler cet album interminable, je me demande même si je vais avoir la force de le finir. Les répliques les plus appréciées par le public sont celles qui expriment ce rapport d’agression au travers d’un jeu astucieux sur les mots qui souligne l’imagination et la maîtrise du rappeur ; par exemple, Nekfeu lance à Logik Konstantine pour souligner l’échec cuisant de sa carrière musicale : « Faudrait qu’j’te casse un bras pour qu’tu fasses une radio » (4 : 08), jouant sur les deux sens possibles – musical ou médical – de l’expression « faire une radio ». 3  “Rooted in the black cultural experience, the semantics of which depends not only on the immediate linguistic context but on the sociohistorical context as well.” Toutes les traductions sont de l’auteur. 32Cette idée se vérifie totalement dans les battles du Rap Contenders, où toutes les évocations de proches féminines de l’adversaire mettent en scène ces dernières dans le cadre de rapports sexuels ou affirment leur propension à s’y adonner de manière incontrôlable. Je pris une clope et me rendis conte que j'avais pas de briquer sur moi . Mais dans le battle, la transgression verbale est si constante et presque mécanique qu’elle n’est plus un but en soi, mais sert de moyen pour s’imposer et détruire l’autre symboliquement. Néanmoins, lors du battle, chacun des acteurs semble connaître sa place et agir en fonction d’elle. Le tour de parole n’a pas de durée strictement définie, dans la mesure où les couplets sont proférés a capella. Il devient alors une sorte de « héros culturel », ce qui accroît son prestige au sein de la communauté du hip-hop. Peu importe au final que le jeu soit pratiqué pour la première fois : les mots, les symboles, les postures et les valeurs qu’il engage le dépassent de loin, même si elles ont besoin de ces tumultueux moments d’actualisation pour exister. Streetwear « Made in France » : retour sur un raz de marée mondial, Ne demandez pas au rap d’éduquer vos enfants, La crème de la crème x Genius : les 15 punchlines de 2015, Les Roots vont produire la B.O. Crenshaw, Kimberlé, 1998, “A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Law and Politics” in Kairys, David (ed. Deen burbigo: Sérieux ta jamais entendus parler de 1995 , S-Crew ou L'entourage ? Dans ce cas, Lunik lance ses rimes riches en allusions pornographiques de manière brutale, mais sa voix bien qu’agressive est posée avec minutie, avec des effets de rythme très maîtrisés. S’agit-il uniquement d’une quête de transgression verbale et morale, porteuse de valeurs contre-culturelles ? It’s All One. Pendant son tour de parole, le rappeur adopte généralement une attitude de défi, s’approchant de son adversaire pour le toiser avant de se reculer pour le montrer du doigt d’un air méprisant, prenant à parti le public. Certains rappeurs, y compris parmi les participants du Rap Contenders ne sont aucunement issus des couches populaires de la société, mais ils se reconnaissent dans l’univers du hip-hop et s’identifient à lui. L’homosexualité comme possibilité d’une ambiguïté dans le genre est ainsi mobilisée de manière presque obsessionnelle, pour mieux être reprise en main de la même manière. Le concurrent ou ses proches féminines sont présentés comme les dominés au sein de cette relation, en des termes évoquant l’humiliation. Il arrive souvent que le perdant félicite son adversaire, le sourire aux lèvres ; certains participants, tel Gaïden, adoptent même une attitude amicale de ce type pendant le match même, acquiesçant et riant à certaines « vannes » de leur rival. Une chose est sûre : avec Extra-Lucide, Disiz prend définitivement le parti de sortir des carcans du rap. Julie Une chose est sûre : avec Extra-Lucide, Disiz prend définitivement le parti de sortir des carcans du rap. Ce système contraint les Maîtres de Cérémonie à imaginer des rimes et des plaisanteries très rapidement, ce qui nécessite une maîtrise technique importante. Les joutes verbales d’insultes propres à la pratique du rap, les battles¸ mettent face à face deux participants chargés de se détruire mutuellement par les mots. 29La spécificité des valeurs défendues ici, et qui provient en partie des origines du hip-hop et de ses conditions d’apparition comme produit culturel, est l’étroite association entre le féminin et la fausseté. Melo, han ! Tour à tour est parfaitement groovy sur « Bipolaire » et « Mon Rap », pour ne citer qu’elles, appliqué sur « Laisse Faire » où il enterre le pourtant excellent Deen Burbigo, puis délicieusement festif et futile sur « Happy Face ». Le « ter-ter » est le mètre-étalon du rap, et les « bourges » que Booba avoue ici chercher à choquer représentent la société française dans son ensemble, conçue comme policée et respectable. Outre la citation de Gaïden que nous reproduisons dans le titre de cet article, ou celle de TZN ordonnant à Eff Gee : « Mets-toi à quat’pattes ce soir j’vais t’violer » (2 : 24), on peut penser à Alpha Wann lançant à propos de Lunik : « Je baise cette bitch » (2 : 34), à Logik Konstantine disant à Nekfeu : « Moi j’te baise » (3 : 01), ou encore à Eff Gee assurant à TZN : « J’te ken mec » (3 : 07). Oh non la merde. Aucun rappeur dans le tournoi Rap Contenders n’en fait l’économie, fut-ce pendant un seul tour de parole. Nulle perspective politique n’est défendue, pas plus que des récits de vie émouvants ou édifiants ne sont proposés comme c’est le cas dans le hip-hop au sens plus général. Il ce retourna vers moi avec un sourire de gros pervers et j'éclata de rire . Je décida de m'approcher d'eux pour leur demander du feu. Comme nous l’avons souligné en introduction, le hip-hop comme phénomène culturel se situe à la jonction du virtuel et de l’effectif. Pour le prendre à défaut, son adversaire Lunik s’empare d’un élément de son habillement qui a attiré son attention afin de le féminiser : « Tu crois qu’c’est un collier autour du cou que t’as ? Seules sont échangées des rimes assassines, réduisant le contenu des couplets à un but d’agression. Perry, Imani, 2004, Prophets of the Hood. 22La spontanéité, nous l’avons vu, constitue l’un des éléments centraux de l’imaginaire du battle. Beginning with the study of a tournament recorded in 2010 in Paris, we will try to grasp what is at stake in these verbal transgressions. Et ni les quelques titres au dessus – « Fukushima », « Combien de Temps ? Voix nouvelles en psychanalyse, Paris, Presses universitaires de France. Un album quasi parfait qui surfe sur cette nouvelle génération, cet électron libre du rap français a tout pour faire grande carrière. Notons également que cette stylisation sexuelle du rapport de force viril emprunte souvent des accents raciaux. » Le « quartier », le « ter-ter », le « tié-car » et le crew sont autant de signifiants qui ne peuvent être compris qu’une fois replacés dans ce réseau complexe. En anglais de la rue, shit, motherfucker ou encore bitch se trouvent détachés de leur sens référentiel initial pour emprunter des sens différents selon les contextes. On peut ainsi poser l’hypothèse selon laquelle la transgression langagière, qui passe par l’évocation d’éléments sexuels explicites de manière inappropriée aux yeux de la société, sert en dernier lieu à une reprise en main symbolique. Le rap a été popularisé par des radios, des télévisions, des maisons de disques ou encore des sites Internet qui l’ont fait passer d’un phénomène local à un genre musical consommé par des personnes de tous les pays et de toutes les classes sociales. Le crew est le groupe d’amis dont fait partie le rappeur, et reproduit le schéma du « groupe de pairs » urbain ; pourtant, le crew peut réunir des personnes issues de lieux et d’horizons très différents, qui se sont rencontrés dans les lieux réels du hip-hop, comme les salles de concert, les MJC (Maisons des Jeunes et de la Culture), les disquaires spécialisés ou les festivals, voire sur Internet. Rien de tel dans le rap de battle : la réplique pornographique transgressive y est tout simplement, pourrait-on dire, une figure. Le seul recours aux valeurs positives ou négatives attachées à une image suffit-il à assurer l’efficacité d’un effet ? Les deux arbitres souhaitent la bienvenue au public, puis présentent les deux personnes opposées dans le battle. Préférez la version signée par Lupe Fiasco. Ces pratiques orales proviennent aussi bien des États-Unis que de la Caraïbe, où ont vu le jour certains des inventeurs du mouvement : outre le jeu des Dozens déjà mentionné, les premiers rappeurs s’inspirent du toast jamaïcain, lui-même peu avare en plaisanteries scatologiques ou sexuelles. À travers des traits d’esprit, des rimes et des effets de citation et de parodie – en somme, à travers des effets – il s’agit toujours de revendiquer un statut d’authenticité. Après tout je ne suis qu’un auditeur parmi tant d’autres … Au revoir, Sérigne M’Baye Gueye, je vais relancer Disiz The End. La misogynie et l’homophobie ne sont pas assumées en tant que postures idéologiques, mais sont sous-entendues au sein de nombreuses répliques comme s’il s’agissait de valeurs indiscutables qui cimentent le groupe de pairs. 8Au-delà des considérations sociologiques, le « quartier » peut bien être qualifié de métaphore dans la mesure où il trouve son sens par rapport à un ensemble de valeurs et d’images connexes, formant une sorte de réseau de significations. L’immense majorité du public du rap est composé de personnes blanches, et les passionnés de ce genre comptent parmi leurs rangs des personnes d’origine très aisée, ainsi que des femmes et des membres des communautés lesbienne, gay, bisexuelle et transsexuelle (LGBT). Arrive enfin Extra-Lucide, un album de … 26 tracks, c’est presque trop riche, qui sonne pour lui comme l’aboutissement, l’opus tant rêvé. L’utilisation d’injures à caractère scatologique et sexuel, à l’évidence, constitue un moyen sûr et efficace de se rallier le public et les juges. Ici, à l’inverse, il est ouvertement reconnu que les couplets sont écrits et mémorisés à l’avance, même si certains vers sont improvisés par les concurrents suite à des trous de mémoire – comme dans le cas d’Alpha Wann. Le Top 10 des séries que regardent les gangsters, Ces marques streetwear qui font les années 90, Les 17 nouveaux visages rap qui feront 2017, Le Rat Luciano, retour vers le ‘No Future’, La Fonky Family réunie le temps d’un concert à Marseille, Vidéo : l’incroyable « Bando » de Kalash à la Cigale, Les 16 punchlines de 2016, avec Genius France, Ces alcools qui squattent les clips de rap. The form of verbal dueling practiced within the hip-hop cultural community, the freestyle battle, places face-to-face two contestants who are expected to destroy each other through words. Julie Holt, DeVone, 2003, Hip-Hop Slop. En outre, il affirme au travers de cette rhétorique de l’authenticité des images identitaires rassurantes, en particulier sur le plan des genres. nekfeu japan l'entourage 1995 s-crew. Le rapport de force se joue à la fois dans l’image évoquée et dans la forme qu’elle adopte. Cahiers de littérature orale est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International. Dans le rap américain, se décrire comme un « vrai mec » passe souvent par l’emploi d’expressions racialement marquées comme real nigga « vrai négro ». Parmi les passionnés de ces tournois, les interminables discussions à propos d’oppositions ayant eu lieu portent souvent sur ce point : lorsque des vers semblent peu spontanés, certains affirment qu’ils ont été écrits à l’avance, ce qui disqualifie le concurrent qui les a prononcés. Dans certains cas, le vainqueur est désigné en fonction des réactions du public, évaluées par un arbitre unique ou mesurées par un système d’applaudimètre. Le jeu se situe bel et bien au niveau de l’imaginaire, et en particulier de celui du public. L’univers du hip-hop porte de fait en lui une vision extrêmement brutale et nihiliste des rapports sociaux. Ces deux niveaux ne doivent pas nécessairement être compris comme séparés ; à bien des égards, ils se manifestent l’un par l’autre. Si les acteurs du mouvement affichent le plus souvent une identité liée d’une part aux ghettos urbains et aux classes sociales défavorisées, d’autre part aux personnes noires et aux minorités ethniques en général, leur audience est infiniment plus vaste. Emcavideo. Root, Deborah, 1996, Cannibal Culture. Après avoir dessiner sur son visage ont étaient fatigués et ont décida de dormir.Il était 9 heures du matin quand le train s'arrêta. Après avoir été conquis par ses mixtapes, il se lance dans le grand bain avec son premier album Bipolaire. Pour le dire autrement, le « quartier », le « ter-ter » est moins à comprendre dans ce cas comme un lieu réel que comme une métaphore. ”, 10  “ To give positive attention to women results in the loss of one’s masculine identity. [C’est une] transformation montrant ce qui est caché, révélant ce qui ne se voit pas, véritable retournement du côté face vers le côté pile, du devant vers le dos, et ce, dirions-nous, en un « tournelangue » (comme on manie un objet habilement et promptement en un tournemain). Après un très raffiné « Baby, fais-moi la bise, puis suce-moi la bite », il reconnaît : « OK je suis vulgaire, les bourges en chopent des ulcères, quand ils écoutent ce qui sort de ma bouche c’est le son dangereux du ter-ter ». 23Derrière les mots et les gestes du rituel poétique du battle, se dessine en creux une pensée du monde hantée par l’idée de fausseté. Tous ensemble, please. S’il décide de mimer la colère et l’agressivité, comme le fait Lunik lors de son battle contre Alpha Wann, cela doit être une colère et une agressivité stylisées. Cette proportion d’un à trois témoigne de l’omniprésence, au sein des battles de rap, de l’imaginaire du rapport charnel homosexuel. Ces personnages symbolisent un ensemble de valeurs conçues comme emblématiques du mâle hétérosexuel, et sont inséparables des mythologies du hip-hop dont nous parlions précédemment. Le rappeur doit faire montre d’un contrôle absolu de tous les aspects de sa performance, en particulier de sa performance verbale. The Language of Black America, Boston, Houghton Mifflin Company. Pendant plus d’une heure A2H va déployer ses ailes pour un voyage 4 étoiles dans les jardins du rap. Gradur, l’interview à un million de dollars, Casey et Virginie Despentes, la rencontre (2ème partie). On citera Blackapar : « Mon son tourne dans toutes les caisses un peu comme ta meuf poto » (11) ; Alpha Wann : « Qu’est-ce tu vas faire à part dire à ta mère qu’elle a oublié son slip chez moi » (2 : 55), « J’lâche une info ya… qu’avec toi qu’ta meuf n’est pas une nymphomane » (6 : 14) ; Lunik : « Sa mère est une traînée et c’est d’tous les pénis du quartier que son pubis pue / Elle aurait été blanche elle aurait pris des couleurs à force de s’faire tourner dans tous les sens comme un Rubik’s cube » (7 : 30) ; « Ta chienne de mère et ta sœur sont les groupies que t’as jamais eues / Pendant qu’sur scène tu brailles devant trois spectateurs elles s’font tourner en coulisse par la sécu » (8 :17) ; Gaïden : « Ta meuf est chaude comme un curé sous la soutane » (7 : 23) ; Nekfeu : « T’as pas un centime ta femme l’a senti j’suis gentil j’la fais kiffer comme l’alarme incendie » (2 : 20), « Je passe chez ta tasse et lui rentre cash dans la chatte » (4 : 24) ; et enfin Eff Gee : « Ta bitch t’a quitté, j’la ken avec brutalité » (8 : 19).

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