Mademoiselle Mars (51 ans) serait dona Sol (17 ans), tandis que Michelot (46 ans) jouerait le rôle de don Carlos (19 ans)[67]. Mais il fallait encore que la commission de censure rendit un avis favorable, ce qui était d'autant moins certain que le gouvernement modéré de Martignac avait été remplacé par celui du prince de Polignac. — j'en suis », murmure un Hernani menaçant. Une lettre pour tous les passionnés d'Histoire, Publié ou mis à jour le : 2019-06-23 18:22:33. Il ne craignait pas de pratiquer « l'enjambement qui l'allonge », qu'il préférait à « l'inversion qui l'embrouille »[26]. Arrive le jour de la première, à la Comédie-Française. Le 25 février 1830 se déroule à Paris la plus fameuse bataille qu'aient jamais livrée des hommes de plume et des artistes. Un spectateur trouva la mort, trois cents étudiants furent arrêtés et incorporés de force dans l'armée[36]. Estimant qu'ils les avaient interrompues trop tôt (la pièce fut arrêtée au bout de trente-neuf représentations[121]), Hugo leur intenta un procès, et leur retira le droit de jouer Marion de Lorme, dont le nouveau régime avait levé l'interdiction qui pesait sur elle[122]. Là nous reçûmes l'impulsion qui nous pousse encore après tant d'années et qui nous fera marcher jusqu'au bout de notre carrière »[100]. Celle-ci y établissait l'existence de deux systèmes théâtraux en Europe : le système français, sur lequel régnait la tragédie classique, et le système allemand (dans lequel elle incluait Shakespeare), dominé par la tragédie historique[7]. L'alliance entre le grotesque et le sublime ne devait toutefois pas être perçue comme une alliance artificielle qui s'imposerait aux artistes à la manière d'un nouveau code dramatique : il découlait au contraire de la nature même des choses, l'Homme portant en lui ces deux dimensions. La conséquence en était que, très vite, chaque comédien se spécialisait dans un type particulier de rôle[69]. » (cf. 3 L'utilisation du terme "bataille" En 1830, les romantiques, partisans de Victor Hugo, parlent de la première représentation d'Hernani comme d'une "bataille" soigneusement préparée. Pour Mercier, le drame devait choisir ses sujets dans l'histoire contemporaine, se débarrasser des unités de temps et de lieu, et surtout ne pas se cantonner à la sphère privée : l'utilité du drame passait alors du domaine de la morale individuelle à celui de la morale politique[5]. Victor Hugo, Théophile Gautier, Balzac ou Gérard de Nerval sont à la fois spectateurs et acteurs d’un évènement littéraire. Néanmoins, malgré la qualité de leurs acteurs, malgré aussi le recrutement par le baron Taylor du décorateur Ciceri, qui révolutionna l'art du décor au théâtre[50], les représentations au Théâtre-Français se déroulaient devant des salles presque vides, tant il était notoire que l'on s'y ennuyait à « écouter de pompeux déclamateurs réciter avec méthode de longs discours », ainsi que l'écrivait en 1825 un rédacteur du Globe, journal il est vrai peu favorable aux néo-classiques[51]. À l'opposé de Stendhal, Hugo préconisait pour le drame romantique le recours à la versification plutôt qu'à la prose : cette dernière était perçue comme étant l'apanage d'un théâtre historique militant et didactique qui se voulait sans doute populaire et qui rabaissait l'art à la seule dimension de l'utilitaire. de ta suite j'en suis ! Il leur restait quatre heures à attendre dans le noir avant que n'arrivent les autres spectateurs. Avant la bataille analysée par Michel WINOCK au travers d’œuvres et d’images d’archive. » Hugo fut contraint de remanier le vers[106]. Ce qui donnait : « Oui, de ta suite, ô roi ! Il s’ensuivit des accidents fâcheux pour les belles dames aux souliers blancs ou roses qui avaient leur loge au quatrième. Victor Hugo, qui manifestait pour la matérialité de la représentation de son œuvre un intérêt beaucoup plus grand que ses confrères dramaturges, s'impliquait dans la préparation scénique de ses pièces, en choisissait lui-même (lorsqu'il en avait la possibilité) la distribution et dirigeait les répétitions. Cette pratique, qui contrastait avec les usages habituels, provoqua quelques tensions avec les comédiens au début du travail sur Hernani[70]. Un décret de 1791 sur les spectacles autorisait tout citoyen qui le souhaitait « à élever un théâtre public et à y faire représenter des pièces de tous les genres »[43]. Il fut question de l'interdire, ce qui provoqua de virulents échanges entre les partisans et les détracteurs de la pièce. En règle générale, la fonction spécifique de metteur en scène n'existant pas (elle apparaîtrait en Allemagne, avec Richard Wagner[68]), c'étaient les comédiens eux-mêmes qui inventaient leurs rôles et créaient leurs effets. — Minuit bientôt » entre le roi et don Ricardo (Acte II, scène 1) le consternait[105]. Evelyn Blewer, Cette représentation est racontée en détail par Anne Ubersfeld dans. « Hierro, despierta te ! Pour Hugo, c’est une revanche personnelle. Les ouvreuses, geôliers du plus secret endroit, n’étaient pas encore à leurs postes. Querelle d'abord interne aux comédiens-français, elle opposa bientôt « les patriotes au "Parti de la Cour", l'assemblée au roi, la Révolution à la contre-révolution »[31]. Jean-Marie Thomasseau, « Le vers noble ou les chiens noirs de la prose ». Le public, majoritairement composé de jeunes gens qui ne connaissaient les chahuts de 1830 que par ouï-dire, applaudit bruyamment aux répliques qui avaient été sifflées (ou étaient supposées l'avoir été) en 1830, et manifesta sa réprobation lorsqu'il n'entendait pas les vers attendus[132] (le texte joué reprenait pour l'essentiel celui de 1830, avec les modifications opérées par Hugo après les premières représentations[134]). »[11]. Marion de Lorme, pièce écrite en un mois en juin 1829, avait été acceptée à l'unanimité par les comédiens du Théâtre-Français[56] et devait donc être le premier drame romantique, en vers comme le préconisait la préface de Cromwell, à être représenté sur cette scène prestigieuse. La dernière ayant eu lieu le 20 novembre 1830 (cf. Mais bientôt le rideau se leva. A lire : « Scènes de guerre à Paris : la bataille d'Hernani », Michel Winock, L’Histoire n°240, février 2000. En décembre 1827[13], Victor Hugo fit paraître à Paris un important texte théorique en guise de justification de sa pièce Cromwell, éditée quelques semaines plus tôt, et dont l'histoire littéraire se souviendrait sous le titre de « Préface de Cromwell ». Hugo pouvait donc y tenter sa chance. Il décède le 25 août 1270, près de Tunis. À la fin de la pièce, les ovations succédèrent aux ovations, les acteurs furent acclamés, le dramaturge porté en triomphe jusque chez lui. Le 25 février 1830, Victor Hugo remporte la bataille d’Hernani. Déjà à cette époque on observait que les chahuts étaient le fait de groupes de spectateurs qui avaient parfois organisé au préalable leur manifestation[35]. Mais à partir de la quatrième représentation, le rapport de force s'inversa : il n'y eut plus que cent places gratuites de distribuées. Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre. Elles se divisaient en deux grandes catégories : d'un côté l'Opéra, le Théâtre-Français et l'Odéon, subventionnés par les autorités, et de l'autre les théâtres privés, qui ne vivaient que grâce à leurs recettes[44]. Mais si cette division sociale des publics de théâtre était la conséquence logique de la division sociale structurelle de la société monarchique, la grande poussée démocratique induite par la Révolution condamnait cette division à disparaître, et rendait du même coup caduc le système esthétique qui en était l'émanation[8]. En conséquence de quoi les scènes se multiplièrent à Paris entre la Révolution et la Restauration (malgré un coup d'arrêt sous l'Empire). Cette métaphore animalière, si elle n'était pas inédite dans le théâtre classique (on la retrouve dans Esther de Racine et dans L'Orphelin de la Chine de Voltaire[72]), avait en effet pris dans le premier tiers du XIXe siècle une connotation juvénile dont la comédienne estimait qu'elle convenait bien peu à son partenaire de jeu[73]. Chaque semaine, un contrepoint historique de l'actualité, anniversaires, récits, devinettes : Gratuit et vous pouvez vous désabonner à tout moment. À mesure que les jours passaient, le climat devenait de plus en plus hostile. Ce n’était pas tout : d’autres besoins que ceux de l’estomac s’étaient manifestés chez ces êtres insolites. Toutes les manifestations de la querelle d'Hernani ne furent pas aussi plaisantes que ces parodies : un jeune homme fut tué dans un duel, en défendant les couleurs de la pièce de Victor Hugo[114]. (...), Le dernier film de Lucas Belvaux sera projeté au cinéma Le Champo le 24 novembre 2020. Elle annonce la prochaine bataille. Le Cénacle tient ses réunions chez Hugo lui-même, à Paris, rue Notre-Dame-des-Champs, dans la « chambre au lys d'or » (elle tient son nom de la fleur remportée par Hugo à l'âge de 17 ans aux Jeux Floraux de Toulouse). Tu l'as dit, oui, j'en suis ! La réunion du 30 septembre 1829 est consacrée à la lecture d'Hernani. Or, la claque était composée de proches des dramaturges classiques, leurs clients habituels, et était donc peu susceptible de soutenir avec tout l'enthousiasme souhaité la pièce de leur ennemi[83]. Ce groupe de plusieurs centaines de personnes fut plus tard nommé par Théophile Gautier « l'armée romantique », dans une référence explicite à l'épopée napoléonienne : « Dans l'armée romantique comme dans l'armée d'Italie tout le monde était jeune. Tous ceux-là étaient favorables à Hugo, soit pour avoir adhéré aux thèses de la préface de Cromwell, soit parce qu'il s'agissait d'un auteur qui était en butte à la censure du gouvernement. Pour le théoricien allemand, qui avait traduit et adapté la pièce de Diderot Le père de famille[4], la dramaturgie française, avec sa fameuse règle des trois unités, bien qu'elle prétendît s'inspirer du code antique, ne parvenait qu'à rendre artificielles et inadaptées à la réalité contemporaine des règles qui découlaient naturellement de la pratique théâtrale de leur époque, et notamment de la présence du chœur qui, figurant le peuple, « ne pouvait ni s'éloigner de ses habitations, ni s'en absenter qu'autant qu'on le peut faire d'ordinaire par simple curiosité »[6]. Le « j'en passe et des meilleurs » par lequel il y était mis un terme devint proverbial[99]. Par ailleurs, Stendhal s'insurgeait contre le fait que l'esthétique au théâtre demeurât au XIXe siècle ce qu'elle avait été aux deux siècles précédents : « De mémoire d'historien, jamais peuple n'a éprouvé, dans ses mœurs et dans ses plaisirs, de changement plus rapide et plus total que celui de 1770 à 1823 ; et l'on veut nous donner toujours la même littérature ! Aussi la commission de censure, toujours présidée par Brifaut, se contenta-t-elle de quelques remarques, imposant des suppressions et des aménagements mineurs, notamment pour les passages dans lesquels la monarchie était trop évidemment traitée à la légère (la réplique au cours de laquelle Hernani s'écrie : « Crois-tu donc que les rois à moi me sont sacrés ? Et il se remit au travail en vue d'écrire une nouvelle pièce. Et accédez à des documents multimédia, exclusifs et surprenants ! En revanche, dès la seconde représentation, le public, majoritairement composé d'étudiants hostiles aux libertés prises par l'auteur avec les canons classiques, provoqua des heurts suffisamment violents pour que des grenadiers investissent la salle, baïonnette au fusil. Pierre Frantz, « Théâtre et fêtes de la Révolution », in Jacqueline de jomaron (dir.). La première représentation au Théâtre-Français de la pièce de Victor Hugo a déchainé les passions. Il ne s'agirait plus de décrire la fin du règne de Louis XIII, mais l'avènement de Charles Quint comme empereur : davantage encore que Cromwell, Don Carlos évoquerait Napoléon[63]. Républicains, car nombre d’entre eux sont opposés à la monarchie. Et non pas en 1828, ainsi qu'il est indiqué sur l'édition princeps (cf. L'idée de Hugo de faire « un art élitaire pour tous », un théâtre en vers destiné à la fois à l'élite et au peuple, lui semblait dangereuse[110]. En 1829, Alexandre Dumas triompha avec Henri III et sa cour, drame en cinq actes et en prose, qu'il parvint à imposer à la Comédie-Française[38]. Un critique du journal légitimiste La Quotidienne le rappellerait sans détour en 1838 à l'occasion d'un autre scandale, provoqué cette fois par Ruy Blas : « Que M. Hugo ne s'y trompe pas, ses pièces trouvent plus d'opposition à son système politique qu'à son système dramatique ; on leur en veut moins de mépriser Aristote que d'insulter les rois […] et on lui pardonnera toujours plus aisément d'imiter Shakespeare que Cromwell »[126]. […] Lorsque l'auteur se présenta chez son actrice avant le lever du rideau, comme c'était son habitude, Mlle Mars lui dit de cet air de maîtresse d'école revêche qui lui était particulier :- Vous avez de jolis amis, monsieur, je vous fais mon compliment […].- Madame, vous serez peut-être bien aise ce soir de trouver mes amis pour combattre vos ennemis. Les détracteurs des romantiques continuent de les fustiger des semaines après la première. Le Cénacle se disperse mais la fabuleuse créativité littéraire des romantiques n'en est encore qu'à ses débuts. La métaphore militaire et le parallèle avec Bonaparte se poursuivaient dans la suite du récit, qui faisait également la part belle au pittoresque (un chapitre entier du livre est consacré au « gilet rouge »), et qui surtout condensait en une seule soirée mémorable des évènements empruntés à des représentations différentes, dans une évocation largement idéalisée des évènements qui contribuerait durablement à fixer à la date du 25 février 1830 l'acte fondateur du romantisme en France[132]. Dans ce conflit, déjà, les positions des uns et des autres étaient surdéterminées par leurs convictions politiques. Héritière d'une longue série de conflits autour de l' esthétique théâtrale, la bataille d'Hernani, aux motivations politiques au moins autant qu'esthétiques, est restée célèbre pour avoir été le terrain d'affrontement entre les « classiques », partisans d'une hiérarchisation stricte des genres théâtraux, et la nouvelle génération des « romantiques » aspirant à une révolution de l'art dramatique et regroupée … Aussi Hugo décida-t-il de se passer de leurs services et de recruter sa propre claque. À l'extérieur du théâtre, on parlait aussi d'Hernani, devenu un objet de risée : « absurde comme Hernani », « monstrueux comme Hernani » étaient devenus des comparaisons courantes dans la presse réactionnaire[108]. Le système français, expliquait-elle, par le choix des sujets tirés d'une histoire et d'une mythologie étrangères, ne pouvait remplir le rôle qui était celui de la tragédie historique « allemande », qui renforçait l'unité nationale par la représentation de sujets tirés, justement, de l'histoire nationale. Après la Révolution française, c'est encore du côté de l'Allemagne que vint la critique, avec l'ouvrage, justement intitulé De l'Allemagne (1810), de Madame de Staël. Pour sa première, Hernani est un triomphe artistique. Ce nouveau gouvernement, représentatif des courants les plus ultras de la monarchie, provoqua des remous jusque chez les royalistes : Chateaubriand en fut stupéfait et, en guise de protestation, démissionna de sa charge d'ambassadeur à Rome. Conformément aux usages de l'époque, les rôles étaient distribués sans que soit pris en compte le rapport entre l'âge des acteurs et l'âge supposé des personnages. L'expression est de J.C. Fizaine, cité par Sylvie Vielledent. L'amertume de ce dernier transparaît dans les intitulés de ses recueils de poèmes des années suivantes : Les feuilles d'automne, Les chants du crépuscule... Mais il ne tarde pas à prendre sa revanche avec l'actrice Juliette Drouet, qu'il rencontre à la faveur des répétitions de Lucrèce Borgia. Mais, bien qu'il passât pour un modéré adepte de la politique du « juste milieu », ce dernier refusa de casser la décision du comité de censure : la situation politique était délicate et la représentation sur la scène d'une fable qui donnait de Louis XIII l'image d'un monarque moins intelligent que son bouffon et dominé par son ministre était de nature à échauffer les esprits[58]. de l'académie de Lille, « Hugo et l'alexandrin de théâtre aux années 30 : une "question secondaire" », Extrait reproduit sur le site du C.R.D.P. C'est une lutte en commun. Le recrutement de la claque romantique s'effectua dans les ateliers de peinture et de sculpture, auprès de leurs étudiants, auxquels s'associèrent de jeunes littérateurs et musiciens. Hugo, depuis le trou des acteurs percé dans le rideau de la scène, observait ses troupes sans se montrer[98]. Et, pour que le public vît bien « jusqu'à quel point d'égarement » s'était aventuré Hugo, on lui montra des vers tronqués. Franck Laurent, « Le drame hugolien : un "monde sans nation" ?

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